News Année 2001 (les plus
anciennes sont en bas de page)
décembre 2001 - Le message de la Présidente !
Depuis plusieurs mois, nous navons que difficilement des nouvelles dAbéché.
Les communications par fax et E-mails étant momentanément coupées
Je peux néanmoins vous relater celles de septembre émanant de
deux infirmières revenant du Tchad pour un congé et du rapport
trimestriel qui ma été remis.
La situation générale semblait tendue. Des combattants dopposition
gouvernementale continuaient à faire des incursions dans lest
du Pays.
Insécurité et haine entre les ethnies restaient un facteur inquiétant
La vie à lintérieur de lOrphelinat Bakan Assalam
nest heureusement pas touchée et porte bien son nom : «
lieu de paix » !
Toujours plus denfants reçoivent nourriture et soins appropriés.
Dautre part, il est encourageant dapprendre quun réaménagement
des locaux va sopérer afin de développer le suivi des
vaccinations avec lapprobation du délégué sanitaire
tchadien !
La récente saison des pluies a été meilleure et lon
espère cette année une bonne récolte de mil, InchAllah
!!!
Le travail en brousse s'accomplit avec toujours autant de volonté et
defficacité. Il est remarquable et surtout émouvant dentendre
les histoires des infirmières en ces termes : "Nous vivons tous
les jours des miracles ! Souvent lorsquon nous amène lenfant,
nous sommes convaincus quil ne vivra pas tant son état est désespéré.
Imaginez par exemple un prématuré de 7 mois ne pesant quun
kilo et respirant à peine
ou encore ce nouveau-né dont
la mère vient de mourir : il ne salimente plus, présente
une intolérance totale au lait en poudre quon lui donne et se
déshydrate dheure en heure, etc.
Le combat se vit au quotidien et il est bon de rappeler que chacun de vous
êtes les précieux maillons de la chaîne pour laide
apportée sur place.
Quelle ne fut pas la joie de tous lorsque dans le courant du mois de mai 2001,
le conteneur est arrivé avec la totalité de lexpédition
!
Pas moins de 2 tonnes de lait spécifiques aux prématurés
auquel sest ajouté le lait 1er âge, offert pour la première
fois par la Confédération. Avec cela, du matériel médical,
biberons, vêtements, couvertures, livres et cahiers pour le préscolaire.
Cette année, lexpédition est également en pleine
préparation et beaucoup plus importante en médicaments. Le départ
est fixé début décembre.
Dautre part, nous avons décidé davoir une certaine
somme dargent à disposition, prête à être
envoyée en cas de crise grave telle que famine ou autre situation durgence
pour lachat de mil par exemple.
Enfin, nous étudions la possibilité de contribuer financièrement
au projet de formation de personnel tchadien en tant quinfirmier ou
autre fonction et qui sera probablement une des clefs dun réel
développement.
Dernière information à vous communiquer : le dispensaire de
Matadjena est terminé et devrait être opérationnel depuis
mi-octobre. Il est aussi envisagé de construire un barrage afin d'inonder
la station durant la saison des pluies.
Avant de terminer ce rapport, mon comité et moi-même tenons à
vous remercier sincèrement de votre fidélité dans laide
quelle quelle soit et vous souhaitons très chaleureusement un
Noël rempli dAmour, de Paix et dEspoir
Mary Elen Chesaux
Présidente RAD
Une consultation « plus ou moins »normale
Actuellement nous sommes en saison fraîche et les malades ne viennent
pas avant 9 heures ou 10 heures. Nous ouvrons nos portes à 8 heures
du matin et une consultation dure jusquà 12 heures environ. Le
froid ralentit le rythme des gens ce qui fait que certains narrivent
quà 12heures. Il faut accepter ce rythme plus lent même
si cela est quelque fois difficile pour nous européens qui avons souvent
un programme plus ou moins chargé. Notre dernière consultation
a commencé lentement avec des maladies bénignes, quelques vaccinations
à donner et du lait à distribuer. Il ny avait rien de
spécial. Une jeune femme est venue à la consultation, toute
pâle et elle navait pas beaucoup de force. Lhomme qui laccompagnait,
ma demandé si nous traitions des petits enfants car ce dernier
était malade. Nous avons dit « oui » et lhomme est
reparti pour chercher lenfant à la maison. En regardant la femme,
je me suis dit que cétait probablement la femme qui était
malade et non pas lenfant. Lenfant nétait pas malade,
il avait faim. Depuis plusieurs jours la mère nallaitait plus
ce bébé car elle avait une grosse mastite. Le volume dun
sein avait doublé, car un abcès sétait formé
qui avait mûri. Que faire ? La femme souffrait beaucoup et cétait
un abcès important à ouvrir. Nous avons sorti du sein ½
litre de pus qui coulait tout seul, tellement la quantité était
importante. La femme na dit aucun mot, elle souffrait mais était
très courageuse. Nous avions vraiment pitié de cette femme.
Depuis 5 jours elle était souffrante mais la famille ne lui avait pas
permis daller à lhôpital ! Quel calvaire pour cette
jeune femme ! Elle est en bonne voie de guérison et elle va mieux.
Heureusement elle a encore du lait et elle peut allaiter son enfant. Dans
nos consultations, nous voyons souvent des cas difficiles. Des gens qui ont
traîné à la maison, qui viennent très tard et qui
attendent un miracle ! Nous voyons des maladies à des stades tellement
avancés que nous avons du mal à imaginer que cela existe. Nous
sommes toujours étonnés de voir comment on peut aider avec peu
de moyens. Et nous sommes reconnaissants pour chaque malade qui retrouve sa
santé.
RAPPORT DE LORPHELINAT BAKAN ASSALAM, ABÉCHÉ,
TCHAD Abéché, le 21.11.2001
Chers amis,
Par cette petite lettre nous aimerions vous donner quelques nouvelles de notre
travail. Nous sommes reconnaissants pour toute l'aide que vous nous apportez
sans laquelle nous aurions beaucoup de difficultés.
Les consultations de la SMI :
Durant cette année nous avons admis 80 orphelins à la SMI et
fin d'année 2000, nous en avions plus que100. Ces résultats
nous montrent qu'il y a moins de décès de femmes pendant ou
après l'accouchement ce qui est très encourageant pour nous.
Début d'année, Agathe Burrus a fait plusieurs formations de
matrones en brousse en collaboration avec AFRICARE. Ce travail porte des fruits
puisque le nombre d'orphelins a diminué ce qui nous encourage à
continuer dans ce sens.
Nous avons aussi constaté que le nombre des malnutris diminue. Une
fois par semaine nous avons une consultation pour les malnutris mais malheureusement
les mères ne viennent pas régulièrement, et elles ne
suivent pas nos conseils. Les travaux champêtres ou d'autres activités
sont plus importants que la santé de l'enfant. Le travail avec les
malnutris est souvent décourageant et nous cherchons toujours une solution
pour motiver les mères et avoir de meilleurs résultats.
Nous avons de plus en plus de nouveau-nés à nos consultations,
car l'hôpital est souvent en grève et le service de pédiatrie
ne fonctionne pas bien. Les gens en ville savent que nous traitons les nouveau-nés
ce qui fait que les familles viennent de tous les quartiers d'Abéché.
Nous suivons une dizaine de femmes avec des problèmes d'allaitement,
ce nombre a augmenté par rapport à l'année dernière.
Sorties en brousse :
Nous avons repris nos sorties en brousse. Dans l'ensemble, la saison des pluies
était bonne et les gens sont tous dans les champs pour récolter
le mil, les arachides, etc....Il arrive que nous ne trouvions pas les enfants
dans les villages car ils sont avec leurs familles dans les champs. La saison
des pluies ayant été bonne, les pistes sont ravinées,
dans un mauvais état, impraticables pour notre véhicule ce qui
fait que nous n'avons pas pu voir certains enfants. Nous allons les visiter
l'année prochaine quand il n'y aura plus d'herbe et quand les «routes»
seront plus praticables. Les enfants vont bien et c'est beau de voir comme
ils sont aimés et acceptés par leurs familles. Il y a toujours
des enfants mal soignés mais c'est rare. Nous sommes heureux que la
saison des pluies a été abondante, ce qui donnera une bonne
récolte dans la plupart des régions. L'année dernière
par manque d'eau nous avions une famine et la population a vraiment souffert.
Nous avons distribué du mil aux familles des orphelins pour qu'ils
aient assez à manger. Les familles étaient très reconnaissantes
et souvent elles ne savaient plus comment nous remercier. Cette distribution
ne nous a pas demandé un grand effort mais pour les gens c'était
un immense cadeau « venu du ciel ». Une vieille femme est même
tombée à genoux devant nous pour nous remercier, nous étions
vraiment touchés et gênés par cette reconnaissance.
La pouponnière :
A la pouponnière, c'est vraiment calme en ce moment. C'est la deuxième
fois cette année, qu'elle est vide pour quelques semaines. Ceci car
les gens sont nous au champ et ne nous apportent pas rapidement les enfants
malades. Nous ne pouvons pas non plus programmer le nombre d'admissions à
la poup. Il y a trois mois, la poup était pleine et nous avons soigné
des cas très graves. Malheureusement 5 enfants sont décédés
pendant ce temps. Ce n'était pas facile pour les familles et pour nous.
Bien sûr ce n'est pas nous qui tenons la vie d'un enfant entre les mains
mais c'est décourageant et souvent frustrant. Nous avions pas mal de
prématurés qui sont en bonne santé maintenant et qui
viennent encore régulièrement à la consultation. Ils
sont devenus de gros bébés, souriants, qui grandissent bien.
Le préscolaire :
Le préscolaire a repris depuis mi septembre pour des enfants de 4 à
6 ans. Il y a 2 classes de 25 élèves qui ont cours du lundi
au mardi et du jeudi au samedi. Le programme est diversifié, de l'apprentissage
du français, au calcul à l'écriture et bien sûr
des activités récréatives. Les premières semaines
n'ont pas été faciles pour les petits et chaque année
nous avons quelques enfants qui ont vraiment du mal à être séparés
de leurs familles, même si ce n'est que pour quelques heures. Ils sont
quand même encore petits. Pour les deux classes, nous avons deux éducateurs
tchadiens qui enseignent et deux femmes tchadiennes qui aident à encadrer
les élèves. Nous sommes reconnaissants d'avoir cette équipe
au préscolaire. Cette année nous avons aussi une jeune allemande
qui aide les enseignants dans les activités éducatives et sportives.
Matadjéné :
Après 25 ans d'interruption, le 18.11.2001 le dispensaire de Matadjéné
ouvrait ses portes. Etienne Klopfenstein qui a déjà travaillé
à Matadjéné dans les années 60 est venu pour démarrer
le travail. Une équipe d'ouvriers de l'orphelinat est montée
avec lui pour continuer à rénover les anciens bâtiments,
et Etienne a fait des soins. Le dispensaire est devenu fonctionnel et beau,
après un bon nettoyage, et le travail a pu commencer.
Etienne écrit : « Pendant un mois, j'ai vu défiler
un cortège incessant d'une population abandonnée médicalement
pendant si longtemps. Les pathologies étaient diversifiées (tumeurs,
brûlures infectées, mycoses, kystes, blessures, hernies, poliomyélite
et céphalées).
- Une mère qui après plus de 50 km. sur son âne, arrive
trop tard pour sauver
son fils de 2 ans du tétanos.
- Un homme, la main éclatée par 3 impacts de balles.
- Une femme qui ne pouvait pas accoucher d'un enfant mort depuis plus de 20
jours, dans un état d'infection épouvantable. »
Etienne est allé à Matadjéné pour un mois, a traité
les malades, opéré des petites choses et sauvé des vies.
Durant ce mois il a soigné plus de 400 personnes. Nous sommes reconnaissants
pour le travail qu'il a fait là-bas. Pour le mois de décembre
nous attendons Paul et Madeleine Horala qui ont déjà travaillé
à Matadjéné et qui reprendront pendant quelques mois
ce travail médical.
Nous cherchons toujours un infirmier tchadien qui s'installe à Matadjéné.
Il est difficile de trouver des gens sérieux et surtout motivés
pour travailler dans une région si isolée. Nous avons vu durant
ce mois que les gens viennent de très loin pour se faire soigner car
il y a un climat de confiance qui s'est installé entre les malades
et le soignant.
Torani :
Nous avons aussi un dispensaire à 80km d'Abéché tenu
par un couple tchadien, David et Anne Penabaye qui sont revenus au mois de
juin après 2 ans passées dans le sud du Tchad.
Cet établissement de bonne renommée accueille beaucoup de malades
de toute la région de Torani, car ils font confiance à David
et Anne. Cette dernière est sage-femme, fait des consultations prénatales
et des accouchements difficiles. Nous espérons que par son travail
la mortalité maternelle diminuera. A côté de ce travail
médical, nous avons un couple tchadien qui s'occupe de l'animation
rurale.
Ce travail existe depuis des années dans cette région et nous
constatons avec joie que la population accepte avec reconnaissances des 2
activités bien différentes mais si importantes pour la vie des
villageois.
Nous avons essayé de vous donner une petite vue d'ensemble du travail
qui se fait à l'orphelinat et dans nos 2 dispensaires et nous espérons
que ce petit rapport vous aidera à mieux comprendre notre travail et
à mieux nous suivre dans l'évolution de nos activités.
Recevez nos meilleures salutations
Doris Lotz et Marguerite Oberli
Orphelinat Bakan Assalam
BP 24, Abéché, Tchad
Notre petite "crevette"
Il y a à peine deux semaines, on nous a amené une petite fille
de 1,300gr. La mère venait daccoucher à l'hôpital
suite à un accident et la grand-mère maternelle a tout de suite
apporté cet enfant chez nous. La mère était comateuse,
dans un mauvais état général, et nous avions bien peur
qu'elle ne survive pas. En interrogeant la famille, nous avons appris que
la mère était une jeune fille de 13 ans, qui avait déjà
des problèmes de santé durant la grossesse. L'histoire est tragique
puisque la famille était en train d'amener la mère à
l'hôpital quand l'accident s'est produit devant cet établissement.
La mère voulait descendre de la mobylette quand tout à coup
une voiture l'a percutée, et elle est tombée sur la tête.
Malheureusement, ce véhicule n'avait pas de freins. La jeune fille
a été admise en urgence à l'hôpital où elle
a accouché 1heure après d'une petite fille prématurée
de 7 mois 1/2. Après l'accouchement la mère est restée
à l'hôpital pour une bonne surveillance et des soins, tandis
que le bébé a été admis à la pouponnière.
Nous n'avions pas de lait maternel pour cet enfant. Où en trouver ?
Que faire ? La mère n'était pas en état d'allaiter.
Heureusement que la grand-mère paternelle qui avait un bébé
de 4 mois, était prête à nous donner de son lait. Nous
étions très contentes d'avoir trouvé cette solution pour
les premiers jours jusqu'à ce que la mère aille mieux.
Malheureusement elle est décédée deux jours plus tard.
Notre petite "crevette" allait mieux mais sa mère était
décédée. Nous étions très touchées
par cette situation dramatique puisque n'avions jamais eu un bébé
prématuré et orphelin. La grand-mère continue à
donner du lait mais la quantité est insuffisante et nous avons été
obligées le compléter avec un lait maternisé. Nous étions
assez inquiètes car nous ne savions pas si elle allait supporter ce
lait spécial. Mais elle le supporte et commence même à
grossir. La famille vient régulièrement la visiter, après
une semaine, elle a reçu son nom, elle se nomme "Gisma" ce
qui signifie "une chose inattendue". Nous la surnommons "petite
crevette" parce qu'elle est tellement petite, avec ses longs cheveux
noirs et son corps minuscule. Elle se tourne tellement dans sa couveuse, qu'elle
se tire souvent la sonde gastrique. Elle se perd dans cette grande "boîte
chaude" mais grâce à sa grosse couverture, elle a un peu
plus de volume ! Elle a la volonté de vivre et nous espérons
qu'elle survivra, qu'elle grandira et sera aimée et acceptée
dans sa famille. Mais elle a encore un long chemin à parcourir.

(c) 2000 - RAD
Septembre 2001 - Le message de la Présidente
!
Quatre mois se sont écoulés depuis la dernière rédaction
! Nos lecteurs doivent être impatients de pouvoir lire les dernières
nouvelles d'Abéché et je les comprends !
L'Orphelinat Bakan Assalam a vécu un été un peu troublé.
Tout d'abord, le départ d'urgence d'une infirmière "à
bout de force" et de son mari, responsable du dispensaire de Matadjané.
Ensuite les vacances des uns ou le départ des autres, arrivés
au terme de leurs contrats ont conduit à un effectif de personnel restreint
et donc à une surcharge de travail.
Le mois de mai reste lun des mois les plus chauds; la fatigue est extrême
pour chacun. Le manque d'eau se fait cruellement sentir; le nombre de consultations
d'enfants malades augmente sans cesse. Résultat : nos correspondants
sur place n'ont pas toujours le temps de nous écrire des petites histoires...
Cependant, une journée exceptionnelle du mois de mai reste dans le
coeur de chacun : celle de l'arrivée du conteneur avec son précieux
chargement !
Cette année, ce ne furent pas moins de 2 tonnes de lait 2ème
âge (lait spécifique aux nouveau-nés et prématurés)
qui ont été offertes par Raid Afrique Développement ainsi
que tout un matériel de première nécessité tel
que : sondes gastriques, seringues, compresses, trousses de pansements, biberons,
vêtements, couvertures, mais aussi livres et cahiers pour le préscolaire.
Total : CHF 8'000.--
A cet envoi s'est ajouté le lait 1er âge donné pour la
première fois par la Confédération Helvétique
! quelle belle surprise ! Jusqu'à ce jour nous l'avions toujours acheté
!
Je souhaite également apporter une information à tous nos généreux
membres :
Chaque année, en général entre septembre et octobre,
nous préparons notre expédition. Lorsque celle-ci est prête,
nous l'entreposons dans les locaux de l'Association Morija à Collombey
qui possède une infrastructure idéale pour recevoir et remplir
les conteneurs en partance pour le Tchad, Cameroun etc. Ainsi, moyennant une
participation financière au transport versée à l'Association
Morija, nous acheminons nos quelques tonnes de lait et matériel divers
dans le même conteneur, actuellement jusqu'à N'Djamena car nous
travaillons dans les mêmes lieux. Ensuite, le camion du RAD confié
à notre délégué sur place, effectue habituellement
le parcours jusqu'à Abéché. Cette année le chargement
a été pris en charge gratuitement par l'armée française
!
L'expédition 2001 se prépare. Le conteneur devrait partir entre
fin novembre et début décembre. Cette année, notre aide
sera principalement axée sur l'achat de médicaments car cette
fois la Confédération offre la totalité des besoins en
lait. Nous gardons également une somme d'argent en réserve en
cas de crise (famine ou autre ) pour l'achat de mil par exemple que nous verserons
intégralement. D'autre part nous étudions la possibilité
de contribuer financièrement au projet de "formation" de
personnel tchadien en tant qu'infirmier ou autre fonction.
Pour terminer, la petite histoire de Saleh qui vient de m'être contée
par Doris, une infirmière de l'Orphelinat :
"Il y a 2 mois, nous avons vu le petit Saleh pour la première
fois. Un samedi soir vers 17 h, l'ambulance de l'hôpital d'Abéché
est venue à l'Orphelinat avec une mère qui venait d'accoucher
d'un petit garçon prématuré de 7 mois. Ce petit était
bien léger ! Il ne pesait que 1100 g et ne respirait pas bien. Nous
l'avons consulté et étions convaincues qu'il n'allait pas survivre.
Nous avons fait part de nos observations à la mère et avons
décidé ensemble qu'elle devait reprendre son bébé
à la maison. S'il vivait encore le lendemain matin, cela tenait du
miracle et elle devrait nous le ramener ! Le lendemain matin, le bébé
est revenu, bien décidé à vivre !! Mais dans un très
mauvais état. Nous avons donc admis la mère et son enfant à
la pouponnière. Les premiers jours, il a encore maigri et ne pesait
plus qu'1 kg. Le 7ème jour s'approchait et la coutume veut que ce jour
soit le jour du baptême. Il a donc reçu le nom de Saleh. Sa mère
est une toute jeune femme qui avait déjà accouché d'un
premier enfant toute seule car son mari était en voyage comme cela
arrive fréquemment ici ! Nous étions réjouies de voir
combien cette mère aimait son enfant et s'occupait bien de lui. Nous
avons installé Saleh dans une couveuse (avec deux bouillottes !). C'était
drôle de l'observer car il bougeait beaucoup et se retrouvait souvent
de travers !
Après un séjour de 2 mois, notre petit bonhomme pesait 2,200
kg et a pu rentrer à la maison ! Il est devenu un beau bébé
avec cette volonté de vivre qui nous laisse souvent perplexes malgré
notre expérience...!"
Mary Elen Chesaux
News fin avril 2001
Diverses activités ont été réalisées au
cours de ces derniers mois. Visites et soins aux prisonniers, préparation
d'un repas à leur intention, distribution de savons et biscuits.
D'autre part, les habitants d'Abéché ont pu observer à
leur grande surprise, le personnel de l'Orphelinat armé de balais,
de brosses et de seaux se diriger vers l'hôpital pour nettoyer chaque
service. Du plus jeune au plus âgé, tous ont brossé les
murs des chambres, balayé le sol, et tout cela dans la bonne humeur
et en chantant !...sous les yeux ébahis des patients et de leur famille.
Le lendemain, c'était le tour du village des lépreux, puis du
grand marché. Souvent la question était posée : "pourquoi
faites-vous cela" ??? !!!
Agathe part très souvent dans les villages de brousse pour former des
accoucheuses traditionnelles avec une ONG (Organisation Non Gouvernementale)
locale. Trois jours dans une région, quatre dans une autre, une semaine
encore ailleurs... Elle est devenue un peu nomade ! Les accoucheuses sont
presque toutes illettrées, mais plusieurs ont le désir d'augmenter
leurs connaissances pour pouvoir aider les femmes de leur village. Que faire
si l'accouchement dure trop longtemps ? Et si la maman saigne beaucoup alors
que le prochain dispensaire est à deux jours à dos d'âne
? Comment peut-on éviter le tétanos néonatal ? C'est
à ces questions que nous essayons, dit-elle, de trouver des réponses
avec les accoucheuses, à l'aide d'images expliquant l'essentiel et
à l'aide d'une poupée qui fait toujours sensation ! Dans certains
villages, il est plus difficile d'essayer de changer des attitudes néfastes
puisque les gens soutiennent que, quoi que l'on fasse, c'est Allah qui donne
la vie et qui la reprend et que l'on ne peut rien y changer. Certaines ne
sont pas prêtes à pratiquer des mesures d'hygiène plus
strictes, d'autres insistent pour continuer à pratiquer des excisions
sur le corps des nouveau-nés pour les protéger des maladies...
Cette année, les prix du mil sont très élevés
et pour beaucoup, il n'est pas facile de nourrir sa famille. Agathe m'a fait
part de cette petite histoire :
"Il y a quelques semaines, une petite fille de 8 ans est venue nous voir.
Sa maman a adopté un orphelin, mais son mari l'a abandonné et
elle se retrouve seule avec trois enfants et une vieille grand-mère
à charge. La petite était un peu gênée puis elle
a dit : ma maman a été accusée injustement et mise en
prison depuis trois jours et nous n'avons plus rien à manger. Pouvez-vous
nous donner quelque chose ?
Elle était là avec ses deux petits frères de 3 et 4 ans
et lorsque nous leurs avons présenté du pain et de la sauce,
ils se sont jetés sur la nourriture, visiblement affamés. Je
n'avais jamais vu des enfants manger autant et cela m'a bouleversée,
sachant que bien d'autres familles sont dans une situation critique et ne
peuvent manger à leur faim. Malgré cela, cette petite fille
continue à aller à l'école, puis elle prépare
le repas pour ses frères et sa grand-mère avant d'aller voir
la maman en prison ! Les gens espèrent maintenant qu'une aide alimentaire
arrive bientôt, car le temps sera encore long jusqu'à la prochaine
récolte, en novembre... "
En mai, Agathe rentrera en Europe pour un congé de quelques mois. Elle
se réjouit déjà de pouvoir retrouver famille et amis
et partager de vive voix les nouvelles de chacun !
Mary Elen Chesaux
Présidente de RAD
News avril 2001
Nous avons reçu le récit de quelques histoires vécues
lors des tournées en brousse par l'équipe de l'orphelinat. Nous
vous les faisons partager avec beaucoup d'émotion.
MADRI
Madri était arrivé à la SMI en avril 1999 avec son père
accompagné de sa première femme. Sa seconde épouse était
enceinte et l'accouchement se présentait mal. Alors, ils sont venus
à Abéché sur un gros camion depuis leur village éloigné
d'environ 100 km. Arrivés à l'hôpital, la sage-femme a
essayé de faire une ventouse pour extraire l'enfant qui était
décidément trop gros pour sa jeune maman. Alors, il a été
décidé de pratiquer une césarienne et Madri est né,
le crâne tout déformé et éraflé, avec la
moitié du visage paralysé. Sa maman, épuisée par
les jours de contractions, n'a pas survécu. Nous avions ramené
Madri, son papa et sa femme dans leur village lors d'une sortie en brousse
et là, ce fût le choc. Personne n'était au courant de
ce qui était arrivé et tous les frères et surs
se sont précipités vers la voiture pour accueillir la maman
et son bébé. Quelle tristesse de voir que la maman n'était
pas là, d'apprendre qu'elle était décédée...
Les cris, les pleurs, la douleur de tels instants sont difficiles à
décrire et à faire partager ! Deux jours plus tard, nous sommes
repassés voir la famille, et Madri encore bien faible, allait déjà
mieux. Tout le village était là pour entourer, pour consoler,
pour soutenir... Lors des visites ultérieures, nous étions encouragées
de voir avec quel soin et quel amour la "nouvelle maman" s'occupait
de l'enfant de son "ex-rivale".
La semaine dernière, en arrivant au campement, quelle joie de voir
le petit Madri âgé maintenant de 21 mois tout dodu et tout souriant,
s'empressant de chercher la théière avec le reste du thé
du matin pour nous servir ! Avec les quelques mots qu'il possède et
beaucoup de gestes, il fait la causette et amuse toute la galerie ! Ses débuts
dans la vie ont été bien difficiles, mais l'amour de sa famille
a compensé - autant que faire se peut - la perte de sa maman. Que c'est
beau de voir un enfant si épanoui et entouré ! Nous sommes également
reconnaissants que notre modeste participation ait pu concourir à cet
aboutissement.
SURRAYA
Lors de la saison des pluies, Surraya est venue avec son père, sa maman
venant de décéder d'une méningite. Elle était
petite et bien faible et son père n'avait personne pour s'occuper d'elle,
pas de famille proche qui puisse prendre le bébé en charge,
sauf sa mère qui était âgée et bien malade.
Nous l'avons donc hospitalisée à la pouponnière où
elle a vite pris du poids, étant un bébé très
glouton. Bientôt, Surraya commençait à sourire, à
essayer de s'asseoir... A chaque visite, son père rapportait
des bananes de son jardin et était très content de revoir sa
fille. Lorsqu'elle eut 7 mois, nous l'avons ramenée dans sa famille
où ses 2 frères et ses 2 surs l'attendaient. Ce fût
un changement pour elle, mais également pour son papa qui a dû
apprendre à s'occuper d'un jeune enfant, ce qui est assez inhabituel
dans cette culture. La grand-mère allait maintenant mieux et pouvait
aussi l'aider un peu.
Entre temps, Surraya a bien grandi. Elle marche maintenant et est en pleine
forme. Elle vient volontiers s'installer sur les genoux des visiteurs de passage
assis sur la natte. Son père nous raconte une partie de son quotidien,
entre le travail à la maison et la surveillance des enfants, son grand
jardin de manguiers et de bananiers à plus d'une heure de la maison,
et puis avec ces coupeurs de route qui sèment la terreur dans la région
et détroussent les gens de retour du marché où ils ont
vendu le fruit de leur travail... Alors que justement, en cette année
de sécheresse, ils auraient tant besoin de cet argent vu le prix élevé
du mil, aliment de base et essentiel en brousse.
Il nous propose ensuite de visiter son jardin, ce qui nous intéresse
beaucoup. Depuis le chemin étroit, nous voyons, en contrebas, une bande
verte le long du ouaddi (lit asséché de la rivière).
En y arrivant, nous sommes très étonnés de voir des bananiers
à perte de vue, alors qu'un peu plus loin, tout est sec, aride, même
l'herbe ne pousse plus !
Au retour, c'est chargés de deux régimes de bananes et d'un
sac de mangues que nous retournons à la voiture, toujours étonnés
de voir que la générosité ici, ce n'est pas un vain mot,
elle est traduite si concrètement ! Une bonne leçon à
retenir pour nous...
ACHTA
La visite dans la famille d'Achta relevait presque d'un jeu de piste. On nous
avait indiqué un endroit en brousse, mais en y arrivant, on nous dirige
vers un village plus loin. Arrivés là-bas, les gens nous disent
que le village d'Achta est encore assez loin, mais que c'est impossible d'y
parvenir en voiture, à moins de retourner sur la grande route pour
atteindre le village depuis un autre côté. Déjà
le soleil s'approche de l'horizon et nous espérons arriver avant la
nuit. Une fois sur la grande route, nous trouvons le chemin. Heureusement
que les villageois l'ont marqué de cailloux à droite et à
gauche, car personne n'était disponible pour nous guider. A travers
les collines et les ouaddis plus bas, la voiture se faufile dans la nuit de
plus en plus noire. Tout à coup, il y a tellement de cailloux que nous
n'arrivons même plus à distinguer ceux qui nous indiquent le
chemin de tous les autres ! Nous voilà perdus en pleine nuit dans une
région plutôt inhospitalière, avec un vent très
froid qui souffle ; on devine les chacals derrière les collines ! Une
étoile nous permet de maintenir la direction et on peut surtout apprécier
le bon sens d'orientation de notre chauffeur et l'utilité de notre
boussole. Après avoir tourné un moment qui nous paraît
interminable, nous retrouvons le chemin, et, à la manière du
petit Poucet, nous avançons lentement le long de nos cailloux retrouvés
jusqu'à ce que, au loin, nous puissions deviner les toits des cases
dans la lumière des phares. Dieu merci, nous voici enfin dans le village
d'Achta.
Tout le monde est surpris de nous voir et on nous amène de l'eau à
boire. On nous conduit dans une case qui nous abrite bien du froid, et, un
peu plus tard, une boule de mil et un poulet grillé nous sont présentés.
Après une telle expédition, nous apprécions un accueil
si chaleureux.
Le lendemain, c'est dans la case des grands-parents d'Achta que je peux me
réchauffer un peu à côté du feu en causant avec
eux.
Pour nous, c'est déjà l'heure de continuer pour voir les autres
orphelins. Au moment du départ, un grand vent de sable se lève
et, autour de nous, c'est comme s'il y avait du brouillard. Pour le retour,
on ne voit que quelques mètres devant la voiture et cette fois encore,
les cailloux sont bien utiles.
Toutes les sorties ne sont heureusement pas aussi difficiles que celle-ci
et nous sommes bien reconnaissants d'arriver à l'orphelinat sains et
saufs.
UNE JOURNEE PAS FACILE
De temps à autre, nous rencontrons des situations difficiles : C'était
le 2ème jour de notre sortie. Nous étions dans une région
où les chemins sont très mauvais. La nuit était très
fraîche et nous n'avions guère dormi. La famille qui nous accueillait
ne savait trop que faire de nous. Le matin, ils ne nous ont servi qu'une tasse
de thé ! Très tôt, nous sommes repartis pour voir un autre
enfant. Nous avons eu de grosses difficultés à trouver son père
; celui-ci nous a informé que l'enfant était chez sa grand-mère.
Celle-ci habitait loin. La piste étant très difficile, il nous
a fallu 2 heures pour trouver l'enfant.
Il allait bien, mais, même ici, on ne nous a rien servi ; ils ne savaient
que faire de nous. Nous avons alors continué notre chemin. L'enfant
que nous avions prévu de visiter ensuite n'était pas présent,
ce n'était pas possible de le trouver. Un parcours éprouvant,
pour rien !
Après une courte pause, nous reprenons la route, de plus en plus mauvaise
et éprouvante pour notre chauffeur. Malgré tout, nous arrivons
dans la case de l'enfant le plus éloigné de nos visites. Nous
sommes très contents de trouver la fillette en vie, car sa famille
ne l'avait pas amenée à l'orphelinat depuis plusieurs mois.
Cependant, dès notre arrivée, nous avons remarqué qu'il
y avait un problème. La famille du père et celle de la mère
ne s'entendaient pas bien. Le père gardait les boîtes de lait
chez lui, il ne donnait rien à la grand-mère maternelle qui
gardait la fille. La famille maternelle ne pouvait pas venir chercher du lait
à l'orphelinat sans autorisation du père. En notre présence,
ils ont commencé à se disputer. La pauvre petite était
entre eux ! Le père était agressif et méchant envers
la grand-mère et nous-mêmes. Cela nous faisait réellement
mal au cur, mais nous avons bien senti que la famille paternelle n'était
pas d'accord avec l'aide que nous apportions. Nous avons alors été
contraints de décider d'arrêter le suivi ! Nous avons laissé
du lait pour la fillette et nous sommes partis rapidement, le cur serré.
Nous avons regagné la route, pour trouver encore le dernier village
avant le coucher du soleil. Après cette dure journée, nous étions
très heureux de trouver une famille accueillante et sympathique où
nous avons pu passer une bonne nuit.
Ce dernier exemple nous montre qu'en majorité les enfants vont bien,
mais que nous rencontrons également des situations délicates
qu'il n'est pas toujours facile d'accepter et de vivre...
Sierre, le 10 février 2001
Initiatives locales pour des récoltes de fonds
Le comité de Raid Afrique Développement se réjouit de
pouvoir annoncer deux initiatives spontanées de récolte de fonds
dans des établissements scolaires du Canton du Valais.
Au collège de l'Abbaye de St-Maurice, un groupe d'élèves
âgés de 16 à 22 ans, sous la houlette de Mlle Nathalie
Eggs, a décidé de récolter des fonds afin d'aider des
associations ou fondations valaisannes s'occupant d'enfants dans le besoin.
Pour marquer la journée des droits de l'enfant, une vente de gâteaux
à l'intérieur du collège a été mise sur
pied. Les élèves ont participé activement à cette
opération et c'est une somme de Fr. 560.- qui a été réunie.
Durant la même semaine, le groupe aumônerie du collège
a décidé de soutenir cette action en procédant à
une vente de thé. La somme totale réunie se monte donc à
Fr. 1350.- qui est parvenue à Raid Afrique Développement à
fin janvier 2001.
Au cycle d'orientation des Collines à Sion, M. Christophe Pfammatter
a choisi, dans le cadre des cours d'allemand, des textes à travailler
relatant la vie des enfants vivant dans les bidonvilles des grandes mégalopoles.
Les élèves ont été très sensibles à
ce thème et c'est ainsi que petit à petit, M. Pfammatter en
est arrivé à parler de Raid Afrique. Il est lui-même toujours
un membre actif de l'association et a participé à l'expédition
de 1989 en ralliant Sierre à Abéché pour transporter
du matériel en faveur de l'orphelinat et ce dans des conditions très
pénibles où le danger disputait la première place à
l'expérience humanitaire. Il a donc pu montrer les diapositives prises
sur place et parler d'une épreuve vécue personnellement.
En cette période de Noël, décision fût prise d'agir!!!
Deux classes réunissant 45 adolescents de 13 à 16 ans ont organisé
des ventes de gâteaux, des travaux divers tels que lavages de voitures,
repassages, etc. Ils ont également contribué à la collecte
en versant une partie de leurs économies ou de leur argent de poche
pour réunir la somme finale impressionnante de Fr. 2140.-. Chapeau,
les jeunes!!
Et il paraît qu'un projet mûrit déjà pour l'année
prochaine. Nous pouvons que nous en réjouir!!!
Raid Afrique Développement remercie chaleureusement les étudiants
et les enseignants de ces deux établissements pour leur initiative.
Le comité a été profondément touché par
l'investissement remarquable de toutes ces personnes, élèves,
adultes, solidaires dans la collecte de ces dons considérables. Leur
prise de conscience, leur engagement prouvent bien qu'en ce troisième
millénaire, nul enfant n'a le droit de mourir de faim ou de carence
de soins, conformément à la charte des droits de l'enfant.